"Il faut toujours dire ce que l’on voit : surtout il faut toujours, ce qui est plus difficile, voir ce que l’on voit."


Lorsque Charles Péguy écrit cela, il ne songe pas à une discipline artistique , picturale ou autre. La peinture, de toute façon, ne peut se résumer à "voir ce que l'on voit".

Et pourtant cette sentence peut  être un puissant guide ou un cadre lorsque l'on a choisi la figuration contemporaine comme mode d'expression.


Notre époque nous entoure de lignes droites, d'écrans, de matières lisses, de néons, de P.V.C, d'asphalte, de tissus acrylique. On peut regretter d'anciens environnements, faits de bois, de pierre ouvragées, de métaux forgés, de chemins de terre, de lampes à huile. On peut les regretter pour des raisons esthétiques ou pour d'autres raisons.
Qu'on l'aime ou pas,  notre environnement  est ce qu'il est. Incontournable. Il a conditionné notre  manière d'être au monde, lui et aucun autre. Il est le seul dont on puisse faire une expérience sensible immédiate, tout autre environnement étant nécessairement médiatisé.


Watteau avait son environnement propre et ses toiles sont rythmées par les tricorne et les silhouettes coniques.
Degas a composé des œuvres à partir de redingotes et de hauts de forme.
Hopper a organisé ses compositions avec des routes goudronnées et des lignes de voies ferrées, avec les lumières crues de son temps.


Degas, encore, disait, comme d'autres après lui, qu'un tableau était d'abord et avant tout un assemblage heureux et mystérieux de lignes et de couleurs.
Chaque époque offre ses propres possibilités  d'assemblage de lignes et de couleurs.


A notre époque, si nous voulons rythmer une toile avec des épaules dénudées , des cuisses galbées ou des chevelures dénouées , nous n'avons plus  besoin de fréquenter les coulisses de l'opéra ou de faire poser des modèles. Le moindre espace public nous offre naturellement une immense variété de corps, de rythmes, de formes.


A condition de voir ce que l'on voit.


Né en 1970  je suis, sous le nom de Régis Penet, illustrateur et auteur de bandes dessinées depuis plus de vingt ans et c'est depuis 2018 seulement que j'oriente une partie de mon activité vers la peinture.
 

Louis Neyret.